N° 50 / Septembre 2019 
La restauration de la chapelle de la Rsurrection,
avant tout une aventure humaine

Le chemin de la restauration est parfois plus complexe quil ny parait pour un monument. Il faut parfois que les conditions soient runies et que les volonts convergent pour quun chef duvre du Grand Sicle retrouve tout son attrait et sa magie. Cest un peu lhistoire dune Rsurrection.


Lorsquen 1993 un caniveau est creus par lentreprise Martin-frres autour de ldifice pour tenter dradiquer les dommages causs par lhumidit provenant du sol et se rapproprier ldifice, personne ne se doute alors que cela prendra vingt ans. En 1997, un chafaudage est install pour permettre un diagnostic des parements men par les Ateliers Mrindol. A ce stade, les connaissances permettraient de poursuivre mais des infiltrations persistent travers la vote. Dans le cadre de la restauration des couvertures de la Mtropole, la coupole est rejointoye en 2002-2003.

Paralllement, plus rien nempchant danticiper la prochaine restauration intrieure de la chapelle, une tude pralable est prpare par nos soins en 2002 et un projet architectural et technique lanne suivante. Les nombreuses priorits sur dautres cathdrales et les infiltrations persistantes, finalement en provenance des baies, ont retard le lancement de la phase oprationnelle durant plusieurs annes. Cest en 2011 que dcision a t prise de lancer la consultation des entreprises pour raliser le chantier de restauration, aprs laffectation des crdits par le matre douvrage.



Quatre lots ont t attribus : la maonnerie - pierre de taille lentreprise Girard, la sculpture latelier Jean-Loup Bouvier, les vitraux latelier Talya et llectricit lentreprise SET. Les travaux se sont drouls de fvrier 2012 mai 2013.

La premire opration aprs installation des chafaudages intrieurs et extrieurs a consist raliser des essais de nettoyage des parements internes afin de retenir la meilleure mthode. Un dpoussirage suivi de lapplication dune prparation base de latex, retire aprs plusieurs jours, a donn dexcellents rsultats tout en prservant parfaitement lintgrit de la pierre. Nous avons alors redcouvert la clart et la finesse de la pierre, rvlant lexcellence de la sculpture. Nous avons pris conscience alors quel point la chapelle de la Rsurrection tait un chef duvre.

Paralllement, autel, grilles et vitraux ont t dposs pour restauration en atelier. Les ouvrages qui ne pouvaient pas tre dplacs, comme les statues et le panneau de dcors au fond de la chapelle, ont t protgs. Les parements extrieurs ont t rejointoys et des pierres de parement ont t remplaces.

En dgageant les baies aveugles, nous avons mis au jour danciens dcors en trompe lil, prcisment l o nous souhaitions en crer un. Cette intuition commune, deux poques, rsonne comme un dialogue, comme une proximit entre nous et ceux qui avaient eu concevoir cet difice la fin du XVIIe sicle. Cette dcouverte stimulante nous a permis denrichir le rsultat de la restauration et nous donne une leon, celle de rester modeste face la ralit dune uvre quon ne peut circonscrire totalement, si scientifique que soit notre approche. Cela apporte une fraicheur et du plaisir au cours dun tel chantier.



Les progrs raliss permettant de conserver avec le maximum dauthenticit les lments constitutifs dune uvre sont mettre en avant. Les ragrages fabriqus partir de la composition relle des pierres de luvre, notamment, ont permis de recomposer des lments disparus et indispensables la comprhension de certaines sculptures trs rodes. Pour autant, la patine propre une chapelle de plus de deux cents ans a t prserve.



En cours de restauration, nous nous sommes aperus, analyses non destructrices menes par Philippe Bromblet du Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP) lappui, que la pierre de la coupole tait poreuse. Des traces dhumidit apparaissaient chaque pluie et risquaient de mettre mal tous nos efforts pour redonner toute sa splendeur ldifice. Tous les avis ont converg pour dcider quil fallait recouvrir de plomb la coupole, seule solution viable pour prenniser louvrage. Grce la ractivit de tous les partenaires, les services de lEtat Direction rgionale des affaires culturelles, Conservation rgionale des monuments historiques (CRMH) et service territorial de larchitecture et du patrimoine (STAP), nous avons pu poser provisoirement une couverture plastifie et organiser un projet de couverture en plomb ralise par lentreprise Bourgeois en juin et juillet 2013.

Les vitraux datant du milieu du XIXe sicle avaient t restaurs en 1935 et certainement repris plus tard de manire ponctuelle. Le diagnostic tabli par latelier Talya a montr que les restaurations prcdentes avaient t en ralit assez loignes du mtier que dfendent aujourdhui les ateliers de vitraux. Cest ici un point essentiel car la qualit et la spcificit des mtiers lis la restauration constituent un vritable conservatoire des savoir-faire. Or, ces qualifications sont indispensables pour prenniser la qualit des uvres que lhistoire nous a lgues et qui contribuent notre rayonnement culturel. Si nous perdons ces savoirs, nous ne saurons plus conserver les uvres lidentique. Cette exprience concernant les vitraux de la chapelle de la Rsurrection montre que ces mtiers sont fragiles et quils risquent malheureusement de se perdre trs rapidement si le contexte est dfavorable. Il nous montre galement que ce qui est ancien nest pas automatiquement un exemple suivre et quil faut en permanence garder un regard critique lors du diagnostic. La ncessaire complmentarit des partenaires qui contribuent la ralisation dun chantier de restauration est la clef du rsultat recherch.



Le travail sur lclairage a t trs pouss pour la mise en valeur et lusage de cette chapelle. Il sagit pour ce chantier du seul mtier que lon pourrait qualifier de contemporain. Sur ce point aussi, la complmentarit des regards, la communication de ce qui est attendu en termes dambiance, de niveaux dclairement, de ce quil faut viter a t au centre des proccupations pour que la mise en lumire produise du sens et ne soit pas simplement une dmonstration technologique. Le spectacle, cest luvre. Pour la chapelle de la Rsurrection, M. Lieutard, assist de M. Puigmal de la socit Roux clairage, ont su comprendre cet espace et de quelle manire nous pouvions traduire en termes de matriel et de dispositions le souhait abstrait que nous projetions, ce qui est un exercice trs dlicat. Le rsultat est surprenant de russite et la richesse de nos changes, utilisateur, matre douvrage et entreprises, est lorigine de ce rsultat.



La russite dun tel chantier de restauration rside donc dans les savoir-faire mais pas seulement. Le poids de lhumain parait indispensable pour russir lalchimie. Leffort de comprendre luvre, de se comprendre mutuellement force une forme de compassion et conduit finalement leffacement de soi de telle sorte que notre trace physique ne se remarque pas et que seule luvre sexprime.

Ne vous y trompez pas, cela na pas empch les motions, les doutes et les rires tout au long de ce chantier. Une restauration nest pas toujours rgle comme une partition de musique, malgr une prparation mticuleuse et les outils scientifiques dont nous disposons. Cest aussi tout ceci qui restera dans nos mmoires en change dune petite partie de nous qui est reste sur place et que le Chanoine Daniel Brhier a si justement concentr dans lautel, en y plaant la liste de tous ceux qui ont contribu au rsultat, lors dune crmonie symbolique dinauguration de la chapelle. Nous tenons tout particulirement len remercier au nom de chacun car le symbole est rare de nos jours, ce qui le rend dautant plus indispensable.




Ludovic Jal Billet, architecte du patrimoine, collaborateur de Didier Repellin
Didier Repellin, architecte en chef des monuments historiques



Numéro 16 / Juillet 2013 -
 
 
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