N° 52 / Janvier 2020 
JARDIN ZOOLOGIQUE DU PALAIS LONGCHAMP A MARSEILLE
La restauration des fabriques


Un jardin, une unit programmatique

Fond ds 1854, le jardin zoologique, composante du parc Longchamp est aujourdhui un parc public ponctu de fabriques dsaffectes et fortement dgrades.

Le site compte actuellement onze fabriques :

- le pavillon de la girafe,
- le kiosque musique,
- la grande volire,
- la volire aux perroquets,
- les cages aux ours,
- la cabane au toit de chaume,
- la petite volire,
- le pavillon de llphant,
- les cages aux fauves.



Classes au titre des Monuments historiques, ces constructions associes un jardin la composition pittoresque ont accueilli les collections danimaux exotiques et sauvages jusquen 1987, date de fermeture du zoo de Marseille.
Cette protection embrasse la composition dans son ensemble : le palais Longchamp et les jardins. Elle exprime le sens propre dun lieu qui a vu la continuit programmatique et spatiale entre deux familles darchitecture : le grand projet de Musum dHistoire Naturelle prolong et complt par un jardin botanique et un jardin dacclimatation (premire appellation du zoo).








A lorigine, lassiette foncire du jardin nest autre que le versant Sud de la valle du Jarret, cultiv de vigne. La campagne marseillaise laisse place la ville. Lextension de Marseille sur ce secteur sorganise alors autour du monument clbrant larrive du canal de Provence Marseille mais galement autour du jardin Longchamp qui jouera le rle dun vritable parc urbain pour ce nouveau quartier.


Les fabriques du jardin zoologique rpondent alors cette double vocation : accueillir les collections danimaux en continuit du musum et ponctuer la promenade dans le parc de pavillons, ces folies qui suscitent lmerveillement et le dpaysement des marseillais.




La mthodologie

Premire phase du projet, une tude historique et un diagnostic architectural et technique pour ltablissement dun programme de restauration ont t raliss, au premier semestre 2011.
Un tat des lieux documentaire le plus exhaustif possible, mais galement le rcolement de toutes les informations historiques et techniques croises avec les observations et relevs sur le site, ont ainsi t oprs. Lobjectif tant la meilleure connaissance des dispositions dorigine. La complmentarit de lhistorien de lart et de larchitecte ont permis dlaborer les prconisations dintervention, de consolidation et de restauration.

Organis en deux phases de travaux, par groupes de fabriques, lies la gographie des lieux et la temporalit des festivits organises pour Marseille 2013, capitale europenne de la culture, le chantier dbute en septembre 2012, avec un dlai de travaux court de 6 mois. Sil peut apparatre classique, le chantier nen reste pas moins complexe et sensible. Ainsi, plusieurs fronts de travaux, demandant des technicits particulires propres aux spcificits des modes de construction de chaque fabrique, sont en cours dans un mme temps.









Les interventions menes sur les fabriques restent galement un temps clef pour lobservation et ltude des btis demandant une capacit de raction et dadaptation des acteurs et des auteurs du projet. Entreprises spcialises et quipe de matrise duvre interagissent pour assurer la permanence des ouvrages et des techniques afin de garantir la prennit du monument. Pour exemple :
La rouverture des baies du pavillon de la girafe a permis de dcouvrir les vestiges des menuiseries mtalliques prsentent sur une gravure.

Etat des lieux

Chaque fabrique par son criture architecturale participe lvocation des territoires des animaux prsents, droulant les images dun voyage plantaire au cours dune promenade marseillaise. Mais si les fabriques prsentent des architectures clectiques, elles peuvent nanmoins tre rpertories en quatre grands registres :

- les fabriques exotiques : le pavillon de la girafe, le pavillon de llphant,
- les fabriques dites rocaille : les cages aux ours,
- les fabriques rustiques : la cabane au toit de chaume,
- les volires: la grande volire, la volire aux perroquets et la petite volire,
(sans oublier le kiosque musique).



Technicits et savoir faire

La modernit technologique fait galement partie de ce projet de jardin zoologique qui historiquement est le deuxime en province aprs louverture du jardin dacclimatation de Grenoble quelques mois plus tt (1854).





- Au pavillon de la girafe (1858), nous assistons ainsi la mise en uvre du ciment en tant que matriau dcoratif comme latteste lengouement de la socit des ciments Dsir Michel & compagnie qui prsentera llvation de ce pavillon en couverture de son catalogue en 1863.

- Aux cages aux ours et aux cages aux fauves, les ferronneries ralises en fer puddl, prsentent la particularit dtre assembles avec des boulons 6 pans (et non avec des rivets) dans une mise en uvre extrmement prcoce, mis en lumire par une tude mtallographique ralise par A-Corros.
Ces analyses ont dtermin la nature des matriaux constituant les cages aux ours et la cage aux fauves (fer puddl ou acier, tel tait linterrogation au vu des observations), den valuer la soudabilit et den dfinir les proprits mcaniques partir dchantillons prlevs sur le site. Elle a aussi permis de confirmer la datation des ouvrages. Mais au-del de cette identification le matriau employ est du fer puddl. Cela est attest la fois par les analyses chimiques et par lexamen mtallographique des diffrents chantillons tudis



Elle a galement mis jour loriginalit de lassemblage boulonn en fer puddl par comparaison des rsultats dtudes de diagnostic et soudabilit ralises sur 4 assemblages mtalliques en fer puddl de la seconde moiti du XIXme : la verrire de la charpente du palais de justice dAix en Provence (1860), lopra de Toulon (1862) et lancienne gare Sud de Nice (1889), les cages aux fauves (aprs 1877 et avant 1898) et aux ours du parc Longchamp (1861 ?).


Aux techniques de pointes se mlent un vocabulaire architectural traditionnel et des techniques locales :

- A la cabane au toit de chaume, le vestige dune toiture en sagne (roseau de Camargue) mais galement les maonneries de galets au mortier btard dcor de branches en if reconstitues qui composent les faades, attirent la curiosit.








- A la grande volire, le pigeonnier tmoigne ici dune technicit spcifique propre la rgion, le ciment de rocaille qui dsigne les ouvrages raliss partir de ce matriau dtourn dans une imitation dune nature rustique, dassemblages de bois ou de fausses menuiseries. Quatre faux troncs de bois portent ainsi un pigeonnier lallure de cabane enlace de branches. Une restauration lidentique avec un soin particulier apport la sculpture et sa mise en couleur au moyen de pigments badigeonns participent au maintien dun savoir faire menac.

Les matriaux

Autre sujet, le rpertoire des matriaux qui a t soigneusement relev et tudi au cours de ltude diagnostic.
Des tuiles de couverture et des carreaux vernisss ou de faence, utiliss en frise et en ornementation des faades ont pu tre identifis comme provenant du bassin de production dAubagne et de la valle de lHuveaune. Les modles et dcors sont ceux en vogue dans les catalogues des grandes tuileries, de la fin XIXme.







Dans le respect du parti dintervention, la reproduction de ces carreaux lidentique a t mise en place pour rpondre la restauration des dcors du pavillon de la girafe et du pavillon de llphant avec lintervention dun artisan cramiste aubagnais. A partir dchantillons, de ltude des catalogues identifis et des maquettes dessines, des prototypes sont mis au point et prsents sur le site pour comparaison.
La matrise des motifs, des couleurs, les essais de cuisson toujours en cours actuellement promettent des lments de substitution de qualit.


Lavenir

Enfin, si le retour des animaux nest pas envisageable, les conditions daccueil des animaux captifs ayant volu depuis le XIXme sicle, la prennisation des lieux passe aussi par son appropriation et sa reconversion.
Ainsi les usages compatibles et non impactant avec le monument sont maintenus et mis en conformit tels que le petit thtre de marionnettes, dit thtre de la girafe ou le kiosque musique mais aussi avec la cration dun salon de th amnag au sein de la cabane au toit de chaume restitue.

Les travaux ainsi raliss sous la matrise douvrage du service des Espaces Verts et de la Nature de la ville de Marseille sont financs par le mcnat de lentreprise GDF Suez.


Corrado de Giuli Morghen
Architecte du patrimoine,
Sandra Drujon dAstros,
Architecte,
janvier 2013



Le projet de restauration de fabrique a demand la coordination des comptences dune quipe pluridisciplinaire :

Fabrica Traceorum est une agence darchitecture spcialise dans la restauration des monuments et jardins historiques.
Corrado de Giuli Morghen, larchitecte grant est diplm de lcole de Chaillot.
Sandra Drujon dAstros, architecte salarie de lagence est diplme du master 2 Jardins historiques, patrimoine et paysages de lcole de Versailles.
Emmanuel Laugier, historien de lArt, a ralis les recherches historiques du dossier.

Lquipe intgre un bureau dtude structure ECIBAT et un conomiste de la construction Yves Le Douarin, spcialis dans la restauration des monuments anciens.

Le bureau dtudes techniques A-Corros a ralis ltude mtallographique des cages aux ours et aux fauves, identifiant la prsence du fer puddl et prcisant ses caractristiques.




Lgendes des illustrations :

1/ Rendu tat projet, extrait tude diagnostic - Source : Fabrica Traceorum.

2/ Cadastre napolonien (1818) - Source: Archives Dpartementales des Bouches du Rhne + analyse Fabrica Traceorum /Emmanuel Laugier (vert = Identification des parcelles cultives en vignes sur le cadastre napolonien/ rouge: emprise du jardin zoologique actuelle).

3/ Carte postale ancienne : Marseille-Jardin Zoologique-Le pavillon de lElphant - Source : collection prive.

4 et 4bis/ Catalogue-Ciment de la mditerrane, Dsir Michel & compagnie, Marseille, 1868 - Source: collection prive.

5/ Dtails assemblage boulonn 6 pans cage aux ours - Source: Fabrica Traceorum

6 / Figure 64 extraite de lencyclopdie des travaux publics-charpenterie mtallique_J. Denfer-1891, tome 1 - extrait de la note technique comparative, lusage des boulons dans les assemblages en fer puddl au XIXme sicle, exemple de 4 ouvrages inspects, ralise par A. Corros , 12/03/12.

7/ Le pigeonnier de la grande volire aprs restauration Source : Fabrica Traceorum.

8/ Modles de carreaux vernisss proposs par les Etablissements Barielle entre 1930 et 1940 -
Source: Terres de mmoire, 100 ans de cramique Aubagne, catalogue exposition, dition Narration, 1995. p47.

9/ Cramique de rfrence Source : Amouric Henri, Des ateliers et des hommes, tre cramiste Aubagne aux XIXe et XXe sicles, catalogue dexposition pour les ateliers Thrse Neveu, Argila 2001.

10/ Prsentation des prototypes de carreaux maills pour le pavillon de la girafe, janvier 2013.

Numéro 13 / Janvier 2013 -
 
 
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