N° 52 / Janvier 2020 
13 – ARLES - Phare de Faraman





Le phare de Faraman, situé au milieu des côtes de Camargue, remplit aujourd'hui la fonction d'un phare de jalonnement sur un littoral dépourvu de lumières la nuit et très peu visible au radar, et une fonction de phare d'atterrissage pour les navires faisant route vers les ports de Marseille et de Fos en venant de l'Ouest ou du sud-Ouest.



Le premier phare

Il a été édifié entre 1835 et 1840, à 675 m de la mer, en remplacement d'un petit fanal provisoire établi en 1830 sous la forme d'une tour en bois d'une hauteur de 15 m. Ce premier phare est élevé selon le modèle-type fourni par Léonce Reynaud, ingénieur des Ponts et Chaussées et directeur de la Commission des Phares. Il s'agissait d'une tour cylindrique conçue par les ingénieurs des Ponts et Chaussées alors en poste à Marseille : Gensolen et Garella. D'une hauteur de 38 m au dessus du niveau de la mer, elle s'élevait sur un soubassement carré qui abritait les logements et les magasins à vivres des gardiens et le combustible pour alimenter le feu.



A partir de 1857, des demandes récurrentes de la chambre de commerce de Marseille sont adressées aux ingénieurs sur la nécessité de construire un second phare pour éviter la confusion entre le feu de Faraman et celui de Planier.

En 1869, l'ingénieur des Ponts et Chaussées propose la construction d'un second phare en tôle, situé plus à l'ouest, pour éviter la confusion entre les 2 phares et signaler l'anse de Beauduc. Ce projet ne sera pas retenu.

En 1872, l'avancement de la mer menace le terre-plein du phare. Malgré des mesures de renforcement le phare est condamné par un recul de côte de 15 m par an. Dès 1875, un rapport du directeur des Ponts et Chaussées confirme la nécessité de reconstruire Faraman « dont les bâtiments sont menacés par suite de la corrosion de certaines parties du rivage de Camargue ».


Le second phare




A partir de 1884, des études sont entreprises pour repérer un meilleur emplacement. Le site retenu est à 800 m en arrière du trait de côte défendu par la nouvelle digue à la mer construite de 1860 à 1914. En juillet 1887,  une décision ministérielle officialise la création d'un nouveau phare avec un feu de second ordre à 38 m minimum au-dessus de la mer.
Les travaux durèrent de 1889 à 1892 et sont confiés aux ingénieurs Guérard  et Robert.

Le 3 avril 1892, le feu du nouveau phare est allumé. Il est pourvu d'un feu blanc tournant à éclats, caractérisé par des groupes de deux éclats séparés par une éclipse.
Il dispose d'un bâtiment pour les gardiens qui peut accueillir 2 gardiens et leurs familles ainsi qu'un logement pour un gardien auxiliaire. Cet exceptionnel équipement est dû au caractère très isolé de Faraman qui le fait entrer pour le service des Phares & Balises dans la catégorie des phares en mer « pour lequel les secours venant de l'extérieur sont incertains ».

En 1922 et 1923, l'entreprise BBT fournit l'optique catadioptrique ainsi que la lanterne en tôle cintrée de 3,50 m de diamètre qui comprend : la murette, les galeries montantes de vitrage en verre avec entretoises en bronze, la corniche, la coupole et ses fuseaux étamés, le piedouche surmonté du paratonnerre, les rideaux et le garde-corps ainsi que le lambrissage toujours en place dans la chambre de l'optique. Ces transformations amènent le remplacement du muret en maçonnerie par un garde-corps métallique. Ces caractéristiques n'ont pas changé jusqu'à nos jours.
En 1934, pour renforcer la visibilité diurne de la tour, la commission des phares impose le signalement en bandes alternées d'une hauteur au moins égale au diamètre du support. La peinture extérieure de la tour de Faraman à l'origine blanche est remplacée par 6 bandes noires et blanches de 6 m de hauteur.

Pendant la guerre, le phare sert de vigie à l'armée d'occupation et la plate-forme est bétonnée et fortifiée avec tranchées et abris, filets de camouflage, pieux et palplanches.





En 1943, la lanterne et son optique sont déposées pour échapper à la destruction par l'armée allemande. L'occupant dynamitait tous les feux pour contrecarrer un débarquement. La lanterne fut entreposée à Port-Saint-Louis du Rhône et l'optique entière fut mise à l'abri dans une ferme de la Crau à Aureille.
Au début de 1944, les troupes allemandes ordonnèrent l'évacuation du personnel. En août, les allemands firent sauter une importante charge explosive à la base de l'escalier. En raison de la solidité de la construction, la tour n'explosa pas mais fit l'effet d'un canon et seul l'escalier intérieur fut détruit sur 30 m de hauteur.

Au sortir de la guerre, le phare amputé de sa lanterne dressait toujours sa tour en maçonnerie couverte de la plate-forme et de son parapet

Dès le mois d'août 1945, une première tranche de travaux est exécutée sous la direction de l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Jean Couteaud. Elle consista dans la reconstruction de l'escalier en vis en pierre, la consolidation de la tour par frettage de 3 ceintures en béton armé encastrées dans la maçonnerie et recouvertes de plaquettes de pierre de taille « de façon que le parement vu ait un aspect de continuité », la reconstitution de la rampe d'escalier et du lambrissage intérieur de la tour. Les travaux sont terminés en août 1946 avec le remontage de la lanterne et de l'optique d'origine. Les plus gros travaux de reconstruction d'après guerre ont concerné le logement des gardiens dont il ne subsistait que les murs porteurs.





Le 29 janvier 1947 a lieu la cérémonie de rallumage du phare qui présente les caractéristiques de signalisation d'avant-guerre : plan focal à 38,30 m au-dessus du sol et de 41,50 m au- dessus du niveau de la mer, feu blanc à 2 éclats groupés toutes les 10 secondes d'une portée de 30 milles marins (27,5 milles aujourd'hui).
En 1949, les travaux provisoires de remise en état sont terminés.
L'aménagement de la chambre de veille détruite par l'explosion de 1944 ne sera réalisé qu'en 1952.
A partir de 1953  la réfection complète du parement intérieur et extérieur de la tour est confiée à l'entreprise AEROCEM Provence de Marseille. La tour était construite en pierre calcaire de Fontvieille résistant mal à la salinité de l'air marin. Les revêtements couramment employés n'adhérant pas sur la maçonnerie, un procédé de béton aéré fut expérimenté après analyse en laboratoire et appliqué en plusieurs couches de 15 à 20 mm après application d'un badigeon de fluo-silicate pour durcir la pierre. Les joints furent repris sur toute l'épaisseur de la tour et le parement repiqué « à vif » avant le badigeon

La modernisation du phare est réalisée par étapes au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle.
En 1952, quatre lentilles spéciales produisant des faisceaux au-dessus de l'horizon sont installées au pied de la lentille pour faciliter la navigation aérienne,  conçues par groupe de 2, elles produisent des éclats au même rythme que l'optique maritime.
En 1955,  la machine de rotation de la lentille est remplacée. L'électrification du phare plusieurs fois repoussée est réalisée en 1972, par voie terrestre alimentée par le réseau EDF
En 1999, le fonctionnement du phare est automatisé et télécontrôlé depuis Marseille.
La fin du gardiennage intervient en 2004. L'ensemble des bâtiments de gardiens est aujourd'hui désaffecté.

Le phare de Faraman  présente un grand intérêt de par sa monumentalité (sa hauteur générale de 43,30 m le place au 3ème rang des phares de Méditerrannée après le Planier et Saint-Gervais.), la singularité de sa typologie dans la catégorie des phares méditerranéens (plus commune sur le littoral atlantique ou breton), l'ancienneté de sa lentille et de sa lanterne qui datent de 1923 et les caractéristiques techniques exceptionnelles de son optique catadioptrique en verre taillé de 0,70 m de diamètre, d'une portée actuelle de 27,3 milles.

Le phare de Faraman a été inscrit au titre des monuments historiques le 21 juin 2012 par arrêté du Préfet de Région, en totalité ainsi que  les façades et des toitures du logement des gardiens et le sol de la plate-forme délimitée par la parcelle cadastrale RK 3.



Blandine JOURDAN,
Conservation régionale des monuments historiques, 2012



Numéro 11 / Septembre 2012 -
 
 
Sommaire




    |  Contact  |  Mentions légales  |  Crédits  |  Inscription  |  Connexion  |
    MCC index agence du patrimoine