N° 48 / Mai 2019 
13 - FOS SUR MER - Phare de St Gervais





Prvue ds 1968 par la direction des Phares & Balises pour signaler le chenal darrive vers le port industriel de Fos alors en cours damnagement, la construction du phare de Saint-Gervais est arrte en 1973 par dcision ministrielle. La signalisation maritime du phare devait rpondre 3 critres :
  • confrer une porte gographique au moins gale la porte lumineuse atteinte 90% du temps ;
  • prsenter une surface frontale dimportance de luminance telle que le phare soit visible et identifiable aisment durant lespace de temps le plus lev possible ;
  • ne pas tre occult par le navire prcdant dans lapproche du port de Fos.
Pour rpondre toutes ces contraintes, la hauteur du phare a t dtermine par des calculs informatiques ds 1974.

En 1979, le projet de signalisation maritime est renforc : il prvoit la fourniture dune optique demi-horizon de 0,50 m de distance focale dune porte de 23 milles dans le secteur blanc (25 milles aujourdhui).

Les travaux se sont drouls entre 1978 et 1980, ce qui confre au phare de Saint-Gervais la particularit dtre le dernier phare construit en France.

Son parti architectural est d larchitecte Emile Pamart (1934-2011) qui est sollicit par le service des Phares & Balises ds 1973, contrairement la tradition qui confiait la construction de ces ouvrages dart des ingnieurs. Emile Pamart avait dailleurs produit un an auparavant, un projet pour le phare de Galantry Saint-Pierre et Miquelon qui ne sera pas ralis.






Contredisant lingnieur de Marseille, Aguilar qui stait prononc pour une forme de tour de prfrence conique, Pamart propose une tour elliptique. La section elliptique savre pour lui lenveloppe idale : elle enrobe parfaitement les 2 lments de circulation verticale sans engendrer de surface inutile. Sa ligne courbe offre lavantage outre laspect esthtique de louvrage dtre bien connue des services des Phares et Balises et de constituer un amer idal.
Le ft est construit en bton arm non prcontraint dune paisseur de 30 cm dont la section ovale de 5m x 3 m est constante depuis la base. Lpaisseur des parois tait surabondante, de lavis de lingnieur du Centre dEtudes Techniques dAix-en-Provence,  du point de vue de la rsistance mcanique mais celle-ci savrait ncessaire pour constituer un enrobage correct des armatures et permettre une mise en uvre sous la forme dun coffrage grimpant.

Lclairage naturel est assur par des pavs de verre disposs au sud tout les 5 m. La tour vide abrite dans un seul volume de plus de 35 m de haut la cage descalier et la cage dascenseur permettant daccder la lanterne. Lescalier hlicodal est mtallique sur axe porteur. Il slve sans palier intermdiaire sur toute la hauteur du support. Il a un diamtre de 1 ,80 m et comporte 203 marches.



Selon le cahier des charges techniques tabli en 1974 le projet de lanterne ne faisait pas partie de la commande confie larchitecte. Elle devait tre ralise par des constructeurs spcialiss. Nanmoins, Pamart proposa deux variantes pour le traitement de la lanterne :
La premire solution reprenait lusage conventionnel dune lanterne mtallique de type tout horizon pose sur une plate-forme.  Cette disposition ne correspondait pas au souci de larchitecte doffrir aux utilisateurs de bonnes conditions de travail, en effet selon ce programme lascenseur et la lanterne souvraient sur une terrasse en plein air avec les inconvnients dexposer les travailleurs au mauvais temps. Lalternative propose par Emile Pamart se dmarque compltement du parti traditionnel en proposant une lanterne habillant le ft pour communiquer directement avec la cage dascenseur et offrir un espace de travail plus grand. Cette seconde variante qui sera finalement retenue intgre la lanterne comme lment constitutif de la construction. Elle prend la forme dun surplomb et non plus dun encorbellement pour donner plus dlan la structure.





Depuis la terre laspect de la lanterne est trait avec plus de lgret, sa silhouette est souligne de trois nervures dcoratives traites en anneaux de fixations de la superstructure et la galerie de circulation ferme dun garde-corps mtallique rappelle la typologie traditionnelle des phares.

Rompant galement avec les habitudes des ingnieurs, Pamart fit appel un atelier de recherche dambiance chromo-paysagre qui proposa une teinte rose pour le ft sous la forme dune poudre mle au bton et une lanterne habille dun carrelage de couleur verte bandes bleues.

Son dessin utilise des lments darchitecture simples qui suggrent les diffrentes fonctions du btiment : locaux de service en soubassement, tour, salles techniques et lanterne. Larchitecte saffranchit des conventions du corpus tout en respectant le programme impos par le commanditaire.






Le 14 avril 1980 le phare est mis en service, il est automatis et na jamais t gardienn ce qui explique la faible importance des locaux de services logs dans la base de la tour. Deux variantes ont galement t produites par Pamart pour les btiments de service en rez-de-chausse. Se dmarquant du plan mass des phares traditionnels, il a dessin un soubassement tout en surfaces courbes en harmonie avec llment elliptique de la tour qui merge en demi hors uvre du socle.


En 1983 la coloration dfinitive du phare qui fait dbat au sein du service des Phares et de la population locale -  nest toujours pas dcide. Un ingnieur gnral des Ponts et Chausses (Blaise) est missionn par la direction des Phares & Balises pour voquer cette question qui laisse perplexe ladministration centrale dans un courrier du 6 dcembre 1983 adress lingnieur en chef des services maritimes des Bouches du Rhne : les conseillers paysagers dont vous avez cru devoir vous assurer le concours nayant aucune notion de signalisation maritime, le rsultat de leur intervention ne peut tre qualatoire au regard des objectifs. Nanmoins la situation existante nest pas la pire de celle que lon peut envisager. Il est donc sage de laisser en ltat les couleurs de jour du phare de Saint-Gervais, au moins jusqu ce que tombe en poussire la mosaque dont le phare a t revtu . La coloration apparat finalement secondaire, le phare na pas remplir un rle damer de jour pour les marins, compte-tenu des autres repres visibles sur le site telles que les chemines de raffinerie.

Le ft offre aujourdhui laspect du bton brut et une lanterne orne dune mosaque de couleur verte souligne dune bande bleue qui fut prfre la pose dun carrelage pour des raisons de scurit en cas de chute du matriau.

La structure en bton slargit en surplomb au-dessus du ft, elle prend la forme dun demi cylindre o sont logs les locaux techniques disposs sur deux niveaux en dessous de la plate-forme de la lanterne, leur clairage diurne est assur par des pavs de verre sur la partie plane des murs.

 





La galerie de la lanterne est borde dun parapet en bton de 1,20 m de haut. Du ct nord, un chemin de ronde avec garde-corps mtallique permet de faire le tour du phare. Au-dessus de la lanterne la superstructure en bton abrite la machinerie dascenseur, elle est couverte dune terrasse formant saillie dont la courbe rpond celle du parapet. La hauteur totale de louvrage est de 46,75 m avec une hauteur du plan focal de 44 m au-dessus du sol.

Au titre dtablissement de signalisation maritime, le phare comporte un double intrt : une vocation de guidage depuis la haute mer (secteur blanc) et la dlimitation des zones de mouillage pour les tankers et porte containers (secteurs verts et rouges).  Sa porte lumineuse est de 25 milles avec un feu interrompu toutes les  12 secondes. Il possde 4 secteurs : vert blanc rouge et obscur.



Le phare de Saint-Gervais a t inscrit au titre des monuments historiques le 21 juin 2012 par arrt du Prfet de Rgion, en  raison de sa typologie exceptionnelle dans le corpus des phares et du fait quil soit le dernier phare construit en France.


Blandine JOURDAN,
Conservation rgionale des monuments historiques, 2012




Emile Pamart n dans le Pas de Calais en 1934 est dcd Martigues en 2011. Aprs un troisime cycle de gographie urbaine et un diplme de lInstitut dUrbanisme de Paris obtenu en 1967, il devient DPLG en 1969 la suite de ses tudes lENSBA. Il a travaill entre 1964 et 1969, date de son installation Martigues, dans les agences darchitecture de Balladur, Candilis et latelier de Montrouge. Cette agence qui regroupe les architectes Renaudie, Riboulet, Thurnauer et Vret sest vue attribuer en 1965 le grand prix du cercle dtudes architecturales. LAtelier de Montrouge conoit lindustrialisation de la construction comme facteur de cration de formes nouvelles. Cette formation initiale va conduire Emile Pamart privilgier la notion de programme qui intgre le mode de vie ou de travail des utilisateurs en le dclinant dans le traitement de lespace.

Numéro 11 / Septembre 2012 -
 
 
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