N° 52 / Janvier 2020 
83 – HYERES – Phare de Porquerolles


L'ouverture vers le sud qui fait suite à la conquête de l'Algérie confirme, au début de la décennie 1830, le renouveau des ports de Toulon, de Marseille et des alentours. Porquerolles, qui sert depuis l'Empire de base de surveillance en Méditerranée, est alors déjà équipée d'un port avec une jetée de 45 m de long qui permet l'approvisionnement des hommes massés dans les quatre forts de l'île. Un village y a été construit spécialement pour la garnison et une centaine d'habitants en moyenne y vit, principalement de l'élevage, de la culture de la vigne et des céréales.
Le 1er mai 1834, une conférence d'ingénieurs civils et militaires décide de construire un phare de premier ordre à la pointe est de l'île selon la proposition de l'aspirant ingénieur des Ponts et Chaussées Jules Dufresne. C'est semble-t-il  sur le conseil des militaires que le site plus stratégique du Cap d'Armes, au sud de l'île, est finalement choisi pour son implantation.



Edifié sur le même type que les phares de Camarat, du Mont d'Agde, et d'autres encore en Méditerranée, par l'ingénieur Jules Dufresne de 1834 à 1837, le phare de Porquerolles est allumé le 15 juillet 1837. Son équipement se poursuit par l'installation d'une cuve à mercure avec soubassement à colonnes en 1895 et par la mise en place  d'une lentille de Fresnel qui, en 1906, en fait l'un des plus puissants de la Méditerranée. L'évolution du site à la fin du 19ème siècle concerne, comme souvent, la construction de bâtiments de stockage et de logements plus confortables pour les gardiens. Electrifié en 1952,  automatisé en 1971, le phare de Porquerolles a été jusqu'à très récemment l'un des plus importants de la Méditerranée, siège d'une station de télé-contrôle et d'aides  radioélectriques et électroniques. Il n'y reste plus aujourd'hui que le DGPS (GPS différentiel) qui lui conserve toute son utilité jusqu'à la prochaine mise en place du  programme européen Galileo.


Ce phare d'atterrissage de grande route se situe au sud de la rade d'Hyères, à la pointe sud de l'île de Porquerolles.



Il est implanté à une hauteur de 82,30 m. au-dessus de la mer. Sa taille générale est de 22,40 m. et sa  portée de 29 milles.
Il est établi au centre d'une vaste et haute terrasse qui couvre un niveau inférieur  renfermant une cave et des citernes alimentées par un système de récupération des  eaux pluviales. Il présente une tour carrée à un niveau, centrée sur un soubassement également carré, l'ensemble construit en pierre blanche de Cassis. Les façades  à l'ordonnance symétrique offrent  pour principal ornement leur appareil régulier à la mise en oeuvre particulièrement soignée, agrémenté de quelques rares moulurations et pilastres d'angle.





Le plan-type comporte huit « cellules » de 3X3 m, voûtées d'arêtes, autour du noyau de la tour. Dans la distribution d'origine, les pièces de part et d'autre du vestibule d'entrée nord et les deux pièces centrales encadrant l'escalier composaient les logements ; la triple travée sud était réservée aux magasins. A l'intérieur de la tour, de plan cylindrique, s'élève un escalier en vis suspendue, en pierre, relayé par une échelle en fonte pour accéder à la lanterne.







Cette lanterne, de 2,25 m de diamètre, comporte deux éléments : la chambre de la lanterne, partie maçonnée qui abrite la cuve à mercure avec son soubassement à colonnes ; la galerie intérieure, structure métallique à trois niveaux de vitrage blanc autour de l'optique.
L'optique BBT de 1906 est tournante et se caractérise par  4 panneaux de 0,70 m de focale feu à 2 éclats blancs groupés toutes les 10 secondes.

Construit sur le modèle apparu dès la décennie 1770 et codifié par l'ingénieur-architecte Léonce Reynaud dans les années 1830, type à tour centrée sur un soubassement carré, le phare de Porquerolles présente les mêmes caractéristiques architecturales que ceux du Titan (île du Levant), de Camarat (Ramatuelle), de la Garoupe (Antibes). Pour n'avoir pas été endommagé pendant la Seconde guerre  mondiale, il constitue l'élément le plus authentique de cette série pour la zone de Méditerranée est et le fait qu'il conserve  son équipement technique de la fin 19ème – début 20ème siècle lui confère un intérêt supplémentaire.


Marie-Odile GIRAUD,
Conservation régionale des monuments historiques, 2012



Numéro 11 / Septembre 2012 -
 
 
Sommaire




    |  Contact  |  Mentions légales  |  Crédits  |  Inscription  |  Connexion  |
    MCC index agence du patrimoine