N° 52 / Janvier 2020 
LES PHARES EN PROVENCE-ALPES-COTE-D'AZUR






L'automatisation des phares et la disparition des gardiens ont conduit les ministères de l'Equipement et de la Culture à s'interroger sur leur devenir. C'est ainsi qu'à partir de 2001,  a été initié un inventaire national des phares qui a abouti à une campagne de protection au titre des monuments historiques, et à une dernière commission nationale en juin 2012 avec le classement de trois phares de Provence-Alpes-Côte d'Azur.








Dans le cadre d'une campagne de protection des phares qui porte sur l'ensemble des côtes françaises, la région PACA allait relever le défi d'une démarche délicate et complexe. Était-il pour autant pertinent d'aborder individuellement chacun des phares de la côte méditerranéenne ? Si les mécanismes juridiques de la protection l'imposent, ces phares sont à l'évidence les ponctuations d'une seule et même continuité littorale où, comme il est de règle, de nouveaux dispositifs ont sans cesse supplanté les anciens dans le souci d'une efficience accrue.

En examinant préalablement l'ensemble des phares en délégation permanente, une approche thématique fiable imposait de se doter de solides éléments de compréhension abordant l'architecture des phares à proprement parler, les groupes optiques avec mécanismes adjacents, les aménagements de vie – logement, local technique –, ainsi que les éléments « territoriaux » – jardin, mur de clôture, plateforme, quai ou bien terrasse – ; toutes composantes témoignant d'une présence humaine qui n'est inéluctablement plus de mise depuis l'automatisation à outrance opérée au cours des années 90.

Chacun de ces phares apportait donc une touche de compréhension sur la manière dont on a tissé une chaîne opératoire d'une stricte continuité et ce, depuis 1825, au moment où s'intensifiait l'activité des ports méditerranéens sous la pression d'impératifs commerciaux et militaires. Ainsi, le littoral méditerranéen est-il porteur d'une temporalité portant sur près de deux siècles, les anciennes tours à feu ayant bien entendu toutes disparu. L'enjeu de la protection résidait donc dans la manière de traduire à la fois le long temps de l'histoire des balises maritimes et terrestres, l'optimisation des performances, la grande diversité également des réponses apportées.

Avec méthode, la démarche de protection élaborait une classification architecturale en trois catégories : les phares à tour centrée sur soubassement carré, les phares à tour adossée ou intégrée à un corps de bâtiment, les phares à tour isolée enfin. À chacun de ces trois ensembles, se superposant un segment temporel : décennie 1830, seconde moitié du XIXe siècle, XXe siècle enfin. Bien entendu, des exceptions étaient là pour perturber cette sage ordonnance.

Se voulant avant tout rationnelle, l'approche thématique concrétisait une démarche dûment réfléchie ayant convoqué les meilleures compétences en ce domaine. Si bien entendu quelques phares étaient déjà concernés par une protection au titre des sites – ce qui est fort compréhensible là où ils sont d'ordinaire implantés –, cette affiliation ne pouvait suffire à garantir une prise en compte de la grande spécificité de ces architectures et de leurs mécanismes. Ainsi, dans cette sélection raisonnée des phares méditerranéens, tous furent proposés pour une mesure d'inscription au titre des monuments historiques, certains voués au classement ; élan que la commission nationale des monuments historiques confirma sans peine et même amplifia.

Sans pour autant céder à l'inflation de l'élargissement du champ patrimonial amorcé à l'aube des années 80, cette entreprise de protection des phares aura ainsi ambitionné de montrer comment, dans un contexte devenu très contraint, une des réalités tangibles de la région jusque-là sous-représentée s'est-elle affiliée au corpus déjà très nourri des monuments historiques de PACA.


Yves CRANGA
Conservateur des monuments historiques



Numéro 11 / Septembre 2012 -
 
 
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