N° 52 / Janvier 2020 
Une initiative de restauration patrimoniale basée sur le lien passé-présent-avenir

A. L'histoire ancienne au travers des premiers résultats de l'étude archéologique de l'îlot de la tour d'Argent


L'ensemble de la tour d'Argent occupe la majeure partie d'un îlot situé à proximité immédiate de la collégiale de l'Isle, dans l'un des quartiers du centre ancien s'étendant au sud-est de la ville. Ce vaste ensemble de bâtiments municipaux doit accueillir prochainement un grand pôle culturel. Pour préserver au mieux l'immense potentiel patrimonial du site, mis en avant lors d'un diagnostic conduit en 2002 par le Service d'Archéologie du Département de Vaucluse, la Ville souhaitait poursuivre les recherches afin de lancer dans des conditions optimales cet ambitieux programme de réhabilitation. Une étude archéologique fut programmée et deux nouvelles interventions réalisées à partir de septembre 2010 et de février 20111 .

Lors de la première opération, la superficie considérable du site n'avait pas autorisé de recherche exhaustive. Les investigations s'étaient concentrées dans la partie nord de l'îlot, où quatre bâtiments distincts se groupent autour de la tour médiévale, dont la façade domine la place Ferdinand Buisson et le chevet de la collégiale. L'immeuble Mocochain n'avait fait l'objet que de simples repérages.

Durant la seconde phase d'étude, de nouvelles investigations étaient conduites au rez-de-chaussée de la tour et dans le bâtiment sud mitoyen. D'autres s'axaient sur une meilleure compréhension de l'immeuble Mocochain situé dans la partie sud-ouest de l'îlot. Il s'agissait d'analyser les élévations fermant la cour intérieure et de compléter les recherches par une série de sondages archéologiques pouvant apporter des éléments plus spécifiques sur l'occupation antérieure du site.

Parallèlement, était entrepris un examen approfondi des sources textuelles, dont la connaissance demeure essentielle pour replacer les données archéologiques dans un contexte topographique et historique plus précis.

1 L'étude de terrain réalisée par le Service d'Archéologie du Département de Vaucluse (septembre 2010 et février 2011) a nécessité une présence permanente de deux archéologues (N. Duverger : responsable d'opération et M. Dadure) aidés ponctuellement par deux autres (F. Guyonnet et V. Faure).







L'ensemble associé à la tour « Boutin »

La tour médiévale, dont une des appellations historiques fut celle de tour Boutin, s'élève à l'extrémité nord-est de l'îlot ; « La Tour d'argent » ne désigne que le nom d'enseigne d'une ancienne auberge qui s'était installée dans la propriété voisine.

L'ensemble résidentiel associé à la tour Boutin, s'étend depuis le côté nord de l'îlot jusque dans sa partie centrale qui abrite un bâtiment transformé en théâtre. La première construction venue s'appuyer contre la façade sud de la tour, en bordure de l'Arquet, se compose d'un vaste corps de bâtiment rectangulaire formant l'ancienne partie résidentielle de l'hôtel d'Oyselay (immeuble Bonjuge). Un autre, plaqué contre la face occidentale de la tour, couvre un passage conduisant à une cour intérieure située au centre de l'îlot. Sur le flanc nord-ouest de l'îlot, l'analyse du parcellaire et les vestiges conservés dans les immeubles privés mitoyens, montrent que le découpage en lanière actuel résulte de la division d'un vaste corps de bâtiment médiéval, implanté parallèlement à la voirie.

Pour comprendre l'organisation de cet ensemble bâti, on a cherché en se fondant sur l'analyse de la structure primitive de la tour, à identifier les réaménagements opérés durant les périodes postérieures et à définir leur incidence sur la mise en place et l'évolution des bâtiments adjacents.




La tour médiévale

L'architecture de cette tour laisse à penser qu'elle a été construite à la fin du XIIe s. ou au tout début du XIIIe s., période durant laquelle le consulat atteint son apogée. Dès lors, les questions étaient nombreuses sur la paternité et la propriété de cette tour. Aujourd'hui, l'apport de nouvelles données historiques permet d'avancer avec quasi-certitude, qu'en dépit de sa représentation symbolique dans le paysage urbain d'un pouvoir en place, l'édifice n'a probablement jamais rempli d'autre fonction que celle de résidence aristocratique urbaine. Si sa conception demeure sans doute directement liée au consulat par la puissance de son commanditaire, près d'un siècle après sa construction, la tour se trouve en possession des Cavalier, dont le rang n'a jamais égalé celui des grandes familles consulaires du siècle précédent. Le rôle des Cavalier au XIVe s., rend donc contestable que la conception de cet édifice exceptionnel leur soit attribuée. Nous supposons que l'un des membres de cette famille a succédé aux propriétaires initiaux, dont le nom serait davantage à rechercher parmi les illustres familles l'isloises du XIIIe s.: peut-être les Laugier ou les Alphant de la Tour en 12002. Ainsi, malgré l'absence de source textuelle portant sur les tous premiers temps d'existence de l'édifice, il semble que l'on puisse désormais exclure une réalisation collective placée sous l'égide du consulat. Il ne s'agirait que d'une tour seigneuriale édifiée par l'un des plus puissants coseigneurs de l'Isle. C'est peut-être par attachement à ces origines prestigieuses que la famille Cavalier a conservé l'ensemble foncier fédéré par la tour seigneuriale jusqu'au milieu du XVIIe s., par transmission à l'une de ses branches descendantes : les Boutin.

2 Les données historiques qui concernent la période la plus ancienne nous ont été transmises par G. Butaud (Université de Nice).




Son architecture

Par sa fonction initiale, la qualité de sa mise en œuvre et son volume imposant, cette tour élevée en moyen appareil de pierre taillé en bossage semi-rustique, s'impose comme la réalisation la plus remarquable de l'îlot. A côté de nombreuses ouvertures percées à partir de la période moderne et la pose de planchers intérieurs, la structure initiale de cette construction massive de plan carré, n'a pas subi de grande modification.

Son espace intérieur se divise depuis la fin du XVIIIe s. en trois niveaux de hauteur variable, comprenant un rez-de-chaussée et deux étages supérieurs séparés par des planchers modernes. Le dernier niveau se différencie par la présence d'une voûte octogonale à nervures simples, sur l'extrados de laquelle repose directement la couverture du bâtiment. Ce voûtement appareillé se déploie à partir d'une clé annulaire saillante jusqu'à une corniche moulurée, au-dessous de laquelle quatre trompes surmontées d'un arc cintré à double rouleau permettent l'adaptation au plan carré de la tour.



Hormis une petite baie rectangulaire visible en partie haute de la façade méridionale et une porte conduisant à un escalier dans l'œuvre montant au sommet de la tour, la présence d'ouvertures originelles n'était plus directement perceptible. Afin de repérer d'éventuelles traces d'aménagements antérieurs, une mise à nu systématique des parements intérieurs s'avérait nécessaire. Aux niveaux supérieurs de la façade sud, sont apparues deux petites fenêtres d'origine dont les proportions avoisinent celles de meurtrières. Sur la face ouest, une troisième baie a été récupérée par un conduit de fumée d'une cheminée, placée au premier étage, vers la fin du XVIIIe s. A contrario, aucune ouverture primitive n'a été décelée sur les façades nord et est de la tour.

Par ailleurs, il ressort de l'observation de ses parements extérieurs, accessibles à l'intérieur des immeubles mitoyens, que l'élévation des faces est et ouest opère de petits retraits réalisés lors de la mise en œuvre de l'édifice. Ces aménagements atypiques ne répondent pas d'un souci esthétique, mais de rattrapages ponctuels visant à remédier partiellement à un important dévers de la tour, occasionné par un tassement différentiel de ses fondations.
D'autres sondages menés de façon plus ponctuelle ont enrichi notre perception de ses aménagements intérieurs. Au dernier étage, les recherches ont remis au jour une frise en pierre sculptée qui soulignait la corniche moulurée recevant les retombées du voûtement sommital. Son décor formé d'une suite ininterrompue de redentures à anglets, tendrait à replacer la construction de l'édifice avec davantage de précisions, vers l'extrême fin du XIIe s.

Au premier étage, une porte remaniée au XVIIIe s. pour communiquer de la tour vers l'hôtel d'Oyselay, dissimulait les vestiges de l'entrée d'origine. Installée lors de l'édification de la tour, cette porte constituait via un escalier extérieur appliqué contre la façade sud, l'unique moyen d'accéder à l'étage supérieur. Le niveau de sa base a été modifié au XVIIIe s., suite à la pose de nouveaux planchers, et son encadrement en pierre de taille en grande partie détruit. Ces éléments lacunaires servent néanmoins la restitution d'une porte surmontée d'un arc en plein cintre et bordée de jambages moulurés. A cet étage, ont été également identifiées les traces d'un plancher antérieur, dont la pose coïncide avec le percement d'une fenêtre à croisillon placée au dernier niveau de la façade nord, au XIVe s. Ces réaménagements s'inscrivent dans une grande campagne de restructurations menée dans les bâtiments voisins près d'un siècle après la construction de la tour.

En dernier lieu, l'étude du rez-de-chaussée de la tour montre qu'au tournant de l'époque moderne, un système de voûtes se substitue au plafond en bois d'origine. Les restes d'un départ de pilier en pierre de taille, mis au jour par un sondage réalisé au centre de la pièce, nous oriente vers la mise en place d'une voûte double retombant sur un support transversal formé d'une série d'arcades. Par la suite, la volonté de créer un espace plus volumineux a engendré la disparition de ce couvrement qui est remplacé par un voûtement unique, positionné à un niveau supérieur. Celui-ci se maintiendra jusqu'à fin du XIXe s., époque à laquelle est aménagé le plafond en plâtre conservé actuellement.




Les bâtiments associés à la tour

A côté des réaménagements entrepris dans la tour, les vestiges repérés dans les bâtiments mitoyens témoignent aussi de l'importance des travaux menés durant le bas Moyen-Age, afin d'organiser un véritable ensemble résidentiel.

Du côté de l'Arquet, les traces d'ancrage d'une couverture attestent qu'un bâtiment s'est plaqué a postériori contre la façade sud de la tour. Le pendage très prononcé de l'empreinte laissée par la disparition de sa toiture à deux pans, induit l'utilisation d'une charpente particulière, formée de chevrons-portant-ferme, dont la réalisation dans la région ne dépasse pas communément le XIVe s. L'emploi de ce type de structure qui permet de dégager un volume important, privilégie à la fois l'hypothèse d'un lieu destiné à une grande salle d'apparat et inversement, celle d'un bâtiment secondaire aux fonctions rustiques, offrant une grande capacité de stockage (étable et fenière).

Du côté de la façade ouest de la tour, au niveau du passage qui dessert la cour intérieure, apparaissent également les traces d'accroche d'une couverture de bâtiment venu s'appuyer ultérieurement. Cette toiture protégeait une petite construction d'élévation et de profondeur réduites, exclusivement réservée à un lieu de passage chargé d'établir une communication directe entre le premier étage de la tour et un important corps de bâtiment résidentiel s'étendant dans la partie nord-ouest de l'îlot. Celle-ci subit au cours du XIVe s., de profonds remaniements afin d'aménager un corps de bâtiment résidentiel de deux niveaux se développant en bordure de la place. La présence d'une fenêtre à croisillon et les vestiges d'une, voire peut-être deux fenêtres à traverse, découverts au deuxième étage de l'immeuble actuel, montrent que sa façade principale est presque entièrement rebâtie. La reconstruction quasi intégrale de ce mur en moellon, rythmé d'ouvertures architecturées en pierre de taille, procède d'un investissement relativement conséquent. En revanche, l'élaboration de sa façade latérale qui jouxte l'annexe de passage vers la tour, fait preuve de moyens plus modestes car des piliers en mortier ont servi à supporter une élévation en pan de bois.

Du côté de la cour intérieure, les informations ne suffisent pas à déterminer assurément l'emprise de ce bâtiment résidentiel, mais il semblerait que sa superficie d'origine ne dépassait pas un important mur de refend conservé partiellement au centre des immeubles actuels. De simples coursives en bois pouvaient longer dans un premier temps sa façade arrière, et par la suite, ces espaces semi ouverts auraient laissé place à une véritable extension du bâtiment venue empiéter sur la superficie de la cour intérieure. De ces réaménagements intervenus vers la fin du Moyen-Age ou durant la première moitié du XVIe s., subsistent différents plafonds à solives apparentes et les reliquats d'une façade arrière constituée principalement de pans de bois.

Les restructurations entreprises vers la fin de la période moderne, afin d'installer un grand hôtel particulier, ont affecté de façon différentielle les constructions médiévales. Les transformations les plus radicales ont surtout concernés les corps de bâtiment localisés du côté de l'Arquet. La tour et les bâtiments situés aux abords de la place n'ont subi que des remaniements intérieurs sans incidence majeure. Hormis le petit bâtiment de passage qui est considérablement surélevé au cours du XVIIIe s., la structure initiale des autres bâtiments est quasiment préservée.

Ainsi, malgré l'ampleur des réaménagements postérieurs, ce vaste ensemble bâti conserve dans ses grandes lignes, la configuration générale prédéfinie durant le bas Moyen-Age.




L'immeuble Mocochain

L'étude archéologique de  l'îlot de la Tour d'Argent  comprenait également celle de l'immeuble Mocochain, dont on sait désormais que l'histoire se place en parallèle de l'ensemble résidentiel rattaché à la tour Boutin.

Situé à l'ouest de la tour et des bâtiments du cinéma, ce second ensemble bâti en attente de réhabilitation est exceptionnel dans la mesure où il forme un conglomérat de constructions de différentes périodes. On remarque d'une part, au sud, un alignement d'anciennes façades correspondant à des maisons nobles édifiées entre les XIIe et XIVe siècles, aujourd'hui incluses dans l'hôtel de Palerne voisin. D'autre part, à l'ouest d'une vaste cour centrale, un grand corps de bâtiment formant un élégant retour au nord, synthétise à lui seul près de 800 ans de l'histoire de la ville. Ces façades résultent d'une densification progressive de l'îlot avec des maisons édifiées en bordure de l'actuelle rue de la République. La cour intérieure a été aménagée au détriment d'autres édifices, détruits à partir du XIVe siècle pour la conception d'un véritable hôtel particulier aristocratique.





La partie nord du bâtiment présente une très belle élévation gothique en pierre des Taillades, sur trois niveaux percés de fenêtres à croisillon ou à meneau. On doit probablement à la famille d'Ancezune, propriétaire des lieux dans la seconde moitié du XVe siècle, la réalisation de ce projet. Il existait un escalier à vis hors d'œuvre (détruit au XIXe siècle) qui séparait la partie méridionale de la façade, traitée de façon plus simple. L'intérêt de cette élévation composite, où les murs antérieurs au XVe siècle ont été conservés et cachés par un enduit, réside dans l'utilisation du plâtre pour les fenêtres à croisillon. Ce même matériau est employé dans un plafond remarquable situé dans une pièce intégrée dans les bâtiments du cinéma, à l'ouest de la cour. Ce plafond daté approximativement du XVe siècle, possède deux registres décoratifs de rinceaux gothiques, placés en alternance entre les solives.

Très largement transformé dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, par une surélévation générale et une recomposition totale de la façade sur la rue de la République, l'immeuble Mocochain reste une source essentielle pour comprendre et connaître l'architecture civile à l'Isle-sur-la-Sorgue, entre les XIIe et XVIIIe siècles.





Des informations nouvelles


Ces recherches ont livré des informations fondamentales pour comprendre les dispositions originelles de la tour médiévale et l'évolution postérieure des bâtiments attenants. Désormais, on perçoit mieux la volumétrie de ce premier ensemble bâti, dont l'élément fédérateur fut incontestablement la tour seigneuriale. L'apport de nouvelles données historiques a permis également de mieux appréhender le cadre topographique des lieux, dont il ressort à présent, que l'établissement d'un second ensemble (Mocochain) s'inscrit en parallèle de celui fédéré par la tour Boutin.

Cependant, de nombreuses questions demeurent sur certaines parties du site qui feront sans doute l'objet d'une prochaine étude archéologique. Des dégagements plus extensifs dans la cour de l'immeuble Mocochain et sous le Lido devraient apporter de nouveaux éléments qui permettront d'affiner nos connaissances de ces ensembles architecturaux remarquables. L'examen des sources textuelles qui se poursuit indépendamment, devrait aussi fournir de précieuses indications pour nous aider à replacer la genèse et l'évolution de ce site exceptionnel, dans un contexte topographique et historique encore plus précis.



Nelly Duverger (responsable d'opération), Service d'Archéologie du Département de Vaucluse.




B. L'histoire récente

L'îlot de la tour d'Argent dans son histoire reste le lieu symbolique de la vie artistique et culturelle de la ville de l'Isle-sur-la-Sorgue. De constructions en reconstructions et modifications les occupations se succèdent aux cours des siècles. A partir du XVIIIème siècle et jusqu'en 1918 c'est une auberge réputée qui porte le nom de La Tour d'Argent. La transformation du bâti en salle de spectacle date du XIXème siècle et reprend l'enveloppe extérieure des bâtiments du cadastre napoléonien. L'ensemble est modifié dans les années trente, le théâtre en dancing au rez-de-chaussée et en salle de spectacle-cinéma à l'étage comprenant un parterre de 200 places et un balcon de 172 places. Au début du XXème siècle des combats de boxe sont organisés, on y chante et on y joue la comédie et les reines des jouteurs s'y font élire par les habitants. Aujourd'hui, l'attachement des L'Islois à ce site a résisté au temps sans que les locaux, fermés depuis les années 70, aient une valeur patrimoniale reconnu, à l'exception de la tour médiévale. Pour preuve de cet intérêt et en préfiguration à la réalisation du pôle culturel, la manifestation « A Tour de rôle » créée au printemps de 2010. Le souvenir encore présent des séances de cinéma du Cinévog et des bals du Lido, la curiosité des habitants qui n'ont jamais pu pénétrer dans ces murs ont inspiré cette ouverture du site pour découvrir ou revoir les lieux, pour préserver et collecter sa mémoire et enclencher un processus d'appropriation du futur équipement. Un événement accompagné, d'une exposition de photographies de personnages d'aujourd'hui mis en scène à l'intérieur des lieux pour les faire revivre et habiter et d'un diaporama pour donner à voir des images insolites, cachées ou inaccessibles. Et, c'est à travers des visites historiques théâtralisées qu'il a été possible de transmettre aux habitants une partie de l'héritage commun. Un hommage à ces lieux, une dernière vie avant une renaissance.



Au départ il y a des mots :

La résurgence, la Sorgue, les îles, les eaux, le vent, les forces des courants, le temps, le passé, les pierres, les rives, la vie, les habitants, la ville, la place, le marché, le centre, la Poésie, le Théâtre, le Cinéma : la tour d'Argent.

Il faut à présent y ajouter des verbes : continuer, construire, bâtir, arranger, mesurer, convaincre, aménager, insérer, réfléchir, payer, convaincre encore, penser, rire et pleurer, rêver, émouvoir, vivre, agréger, rassembler et créer : la tour d'Argent.

Et puis il y a surtout l'envie de voir l'Isle-sur-la-Sorgue agrandir son âme grâce à ce lieu situé en plein centre, lové dans son important passé tout en projetant aux alentours des éclats d'imaginaire, des images, des sons, des rencontres et des présences. Réussir alors une difficile alchimie en créant un espace à la fois de rassemblement et de dispersion, comme on le dirait d'un prisme à travers lequel passe la lumière blanche la transformant ainsi en multiples couleurs. Une sorte d'aimant à double fonction : attirant et diffusant !

Ainsi bientôt dans les rues de la ville résonneront d'autres bruits : les pas de ceux qui iront à la rencontre de nouvelles lumières, les échos des voix des poètes, les soirées habitées par des fulgurances, en toutes saisons : au plein cœur de l'hiver comme en été. Un nouveau courant continu, frère de la Sorgue, se divisant en milles visages, ceux des artistes et ceux des spectateurs. Ils se croiseront ici, s'échangeront des pensées, des doutes, des drames et des sourires.

Les musiques aussi venues du monde entier, du passé et du futur !

Comment décrire cet impalpable supplément ? Si léger et si fondamental ! L'advenue d'un lieu important, nécessaire et évident.

Isle-sur-la-Sorgue, carrefour au cœur du Vaucluse, accomplira sa destinée, devenir ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être un centre, peut-être même Le Centre.

Un rêve, bien sûr ! Un défi, certainement !

Mais comment accepter de vivre sans rêve et sans défi ?

   
Serge Valletti, (auteur de théâtre, dramaturge et écrivain, Serge Valletti est aussi l'auteur du roman Spasmi Studium, sorti en mai 2011, dont l'action se déroule en partie à L'Isle-sur-la-Sorgue et s'inspire du patrimoine local.)



Numéro 5 / Septembre 2011 -
 
 
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