Historique de la chapelle de la Résurrection, à la Métropole Notre-Dame des Doms d’Avignon

Cette chapelle est due à l’initiative de l’archevêque d’Avignon, Hyacinthe Libelli. Ce prélat natif de Citta di Castello, se forma à la Minerve à Rome. Il occupa des fonctions importantes comme provincial des Dominicains ; il fut préfet de la congrégation de la Propagande, secrétaire de l’Index, et maître du sacré Palais. Il fut profondément marqué par le climat artistique romain. Il occupera le siège d’Avignon, de 1673 à 1684. C’est lui qui fit confirmer par Clément X, le droit des chanoines de la métropole à porter le manteau de chœur de couleur rouge, pareil à celui des cardinaux.


L’Archevêque commença par traiter avec M. de Saignon qui possédait la chapelle dite de Notre-Dame des Anges ou de Tertully ». (1) Le 23 octobre 1676, le Chapitre donnait son accord à l’archevêque pour « y faire des ornements et y ordonner toutes les fondations, qu’il avisera mieux être, avec ses armes et inscriptions convenables… ». (2) Le prix-fait fut signé le 23 août 1677 entre l’archevêque et les maçons Jean Louis et François Rochas. L’architecte François Delbène en avait dressé les plans et figures en cinquante articles. (3) On attribue les sculptures à Pierre et Jean Péru. Elle sera consacrée le jour de Pâques 1682.


Il faut noter que cette construction intervenait dans un ensemble de restaurations et d’embellissements de la Métropole. On peut même dire que ceux-ci n’ont pas cessé. Dès 1180, l’édifice roman primitif est modifié par la construction du porche et du lanternon. (4) En décembre 1316, Jean XXII, ancien évêque d’Avignon, fait édifier la première des deux chapelles, ouvrant sur le chœur. Si les évêques, les archevêques ou les chanoines tenaient à conserver l’antique édifice, en raison de la légende de sa consécration miraculeuse, ils voulaient aussi le moderniser et d’une manière très utile en amplifier la capacité d’accueil. En 1506 Mgr Antoine Florès avait fait élever la chapelle du « pardon ». Entre 1615 et 1617, Mgr François-Etienne Dulci traita avec Simone Bartollacci pour décorer le dôme et modifier l’accès de la sacristie. Mais dès décembre 1670, s’ouvre une période particulièrement importante pour la Métropole, puisque à la demande de l’archevêque Azo Ariosto, François Royer de la Valfenière reconstruisit l’abside en lui adjoignant une nouvelle travée. Les tribunes de la nef sont construites en 1672, par Pierre Brunet pour la maçonnerie et Jean Péru pour les sculptures. François Delbène en avait dressé les plans. En janvier 1680 la famille de Joannis de Verclos fit édifier, par les Rochas père et fils, sur les plans de Louis François Royer de la Valfenière, une chapelle décorée par Marc Chabry. Mgr Libelli apportait lui aussi sa contribution à l’embellissement de sa métropole, en une période où la société avignonnaise subit une forte attraction romaine.


Malgré les mutilations révolutionnaires, cette chapelle est encore évocatrice de la volonté spirituelle et artistique du fondateur. L’architecture est d’une réelle virtuosité, dans une liberté architecturale et décorative, typique du baroque romain. Son unité interne, son exubérance alternant avec des parties plus sobres, tout y chante la grandeur et la gloire de Dieu. Le dôme marqué aux armes de l’archevêque, est particulièrement harmonieux. (5) Dès son achèvement, cette chapelle suscita l’admiration. (6) Nous sommes dans un contexte de restauration morale et spirituelle promue par le concile de Trente et appliquée fortement à Avignon.


Mgr Libelli a voulu édifier une chapelle pour affirmer le mystère fondamental de la foi chrétienne : la Résurrection ; il y établit son tombeau et même celui de Rostan Autorgat, un de ses lointaines prédécesseurs († 30 juin 1209), dont les restes furent découverts en creusant les fondations. (7) L’archevêque décéda lui-même le 24 octobre 1684, et fut inhumé le 27 octobre, à 5 heures du soir. L’autel était de marbre rehaussé de décor de bronze. Un tableau y représentait le Christ sortant du tombeau. (8) Les statues de saints Thomas, Jean, Pierre et Marie-Magdeleine, témoins des apparitions pascales, ornent les niches qui rythment l’architecture basse, tandis que les bas-reliefs des parties hautes montrent la résurrection de Lazare (St Jn 11, 17-45), celle du fils de la veuve de Naïm (St Luc 7, 11-17), ou celle de la fille de Jaïre, le chef de Synagogue (St Marc 5, 35-43), la guérison de l’infirme à la Belle-Porte du temple (Actes 3, 1-12). Il faut souligner aussi qu’avant la Révolution le tombeau de l’archevêque était orné d’un squelette qui tenait le registre des anciens archevêques décédés. Le squelette inscrivait déjà les premières lettres du nom de l’archevêque mécène. On raconte que l’ancien évêque d’Orange, Mgr Serroni, depuis archevêque d’Albi, s’écria : « Ô mort, écris longtemps, mais laisse inachevé le nom que tu commences » auquel Mgr Libelli répondit « J’aime mieux ta lenteur que ton empressement ».


Dans ce contexte la scénographie baroque est au service du message évangélique de la vie éternelle, dans le geste de saint Thomas qui avance sa main et tient la lance qui perça le côté du Christ. (9) Sainte Marie-Madeleine désigne le tombeau de l’archevêque défunt. La statue de saint Pierre, si elle vient de la chapelle voisine, a été placée là au cours des restaurations du XIXe siècle, elle s’inscrit parfaitement dans l’ensemble théologique et artistique. (10) L’esprit baroque veut instruire et émouvoir. Cette chapelle de conception « romaine » dans l’altera Roma en est un exemple typique. Par son statut de ville pontificale, Avignon participe d’une manière particulière à cette universalité de l’art de la réforme catholique.



Les restaurations du XIXe siècle amèneront la modification de l’arcade du fond de la chapelle et l’installation en 1837 d’un autel en marbre blanc, par Jean Antoine Mariotty. On y placera la statue de marbre de Notre-Dame des Doms, que James Pradier sculpta en 1838, comme ex-voto de la ville préservée du choléra. Cet ensemble entièrement restauré s’intègre parfaitement dans la chapelle Libelli et n‘en trahit pas l’esprit.


Le mardi 18 juin 2013, à 11 heures, la chapelle a été officiellement ouverte et bénie en présence des autorités concernées. Le nom de tous les acteurs de cette restauration, celui des entreprises participantes, ainsi qu’une lettre de l’Archevêque d’Avignon, ont été placés par le conservateur régional et l’architecte en chef dans un rouleau de plomb, déposé dans le bâti de l’autel. L’Eglise a voulu ainsi adresser publiquement à l’Etat et à ses représentants, comme à tous les restaurateurs, ses chaleureux remerciements.


Cette réussite indique déjà ce que nous pouvons attendre des restaurations générales du chœur et de la nef de la Métropole Notre dame des Doms.


Chanoine Daniel Bréhier, recteur de la Métropole.



  1. Il s’agit de l’antéchapelle actuelle
  2. ADVaucluse G 445, fol. 153
  3. ADV Notaires Vincenti N° 166, fol. 457 L.F. Bellon
  4. A. Borg. Architectural sculpture in romane Provence. London.1972. O. 32-45
  5. “Coupé d’azur et d’or, au lion rampant de l’un en l’autre, à la fasce de gueules, charge de trois étoiles d’or brochant sur le tout”
  6. Bibliothèque Ceccano Ms 2440, fol. 47-49
  7. Chanoines Albanès et Chevalier. Imp. Valentinoise. 1920. Gallia Christiana. Avignon. Tome VII N° 345, colonne 110
  8. Il serait celui qui se trouve actuellement à la sacristie. Il est attribué à Louis Court.
  9. C’est la seule statue d’origine. Toutes les autres ont été rapportées lors des restaurations du XIXe siècle, en fonction des inscriptions gravées sous les socles. La statue de sainte Madeleine proviendrait des célestins d’Avignon.
  10. Elle est l’œuvre de Marc Chabry, élève de Jean Péru, qui travailla à saint Antoine en Dauphiné, Lyon et à la chapelle royale de Versailles. Cette statue, avec une autre de saint Charles Borromée, furent commandées par Pierre de Joannis, pour la chapelle funéraire de sa famille, à la Métropole. Il s’agit de celle qui précède, à droite, la chapelle de la Résurrection. ADV Notaires De Beaulieu ; Abel Fellon, 1614, fol. 38v° A la date du 12 février 1710.



Lettre d'information des patrimoines - DRAC PACA - Numéro 16 / Janvier 2019 -