83 – SIX-FOURS-LES-PLAGES – Phare du Grand Rouveau





Etabli sur l’îlot du Grand Rouveau, le phare devait permettre le contournement des îles des Embiez pour rejoindre le port de guerre de Toulon.
Sa construction, décidée dans le cadre du programme de 1860 pour combler une lacune dans l’éclairage du littoral méditerranéen, fut réalisée entre 1861 et 1863 par les ingénieurs Lonclas et Camme, d’après les instructions de Léonce Reynaud, inspecteur général directeur des Phares et Balises, qui  reprit ici le modèle du phare contemporain de la Pointe de Grave en Gironde. La construction par deux Toulonnais, le maître tailleur de pierre Joseph Moretaut et l’entrepreneur Jean Falco, prit trois ans : l’allumage se fit le 1er juillet 1863.



L’édifice n’a connu que peu de modifications, excepté sur le plan technique.
Electrifié et automatisé en 1976, il n’a plus de gardien depuis cette date.
 
Ce phare de jalonnement côtier  se situe au large de Six-Fours-les-Plages, sur la plus occidentale des îles des Embiez, l’îlot du Grand Rouveau, dont il occupe le point le plus haut ; il signale aujourd’hui le mouillage du Brusc et l’entrée des ports de Bandol.


D’une hauteur de 31,05 m au-dessus de la mer, sa taille générale est de 17,90 m et sa portée de 13,5 milles.
Au centre d’une terrasse caladée, le phare est construit en maçonnerie de pierre locale et pierre de Cassis pour le décor d’architecture.
Il se compose d’un bâtiment rectangulaire contenant deux logements de gardien ; d’une tour carrée demi hors œuvre au centre de la façade antérieure ; dans son prolongement, de l’aile de l’ancien magasin en saillie sur la façade postérieure. Dans la tour, de plan cylindrique à l’intérieur, un escalier en vis suspendue, en pierre, donne accès à la terrasse de la lanterne.




Les élévations présentent une ordonnance parfaitement symétrique et affichent la simplicité requise par la commission des Phares : un décor de chaînes d’angle en pierre de taille se détache sur les parements de moellons taillés et piqués, seulement complété par l’appareil de faux mâchicoulis ornementaux faisant référence à l’architecture militaire au sommet de la tour.








La lanterne, de type standard; BBT, de 2,50 m de diamètre, est à trois niveaux vitrés de verre blanc ; elle a pour particularité la présence de renvois prismatiques en cristal sur les montants de la structure métallique qui ont pour rôle, en réfléchissant la lumière de la lentille, d’occulter au moins partiellement la présence des montants et d’optimiser ainsi le signal lumineux.





L’optique d’horizon, de 0,50 m de focale, est une optique fixe caractéristique du début du 20ème siècle qui a été récupérée pour remplacer l’optique tournante d’origine dont la cuve à mercure de 1904  a été déposée.
Le feu est blanc, à 2 occultations toutes les 6 secondes.

Aux abords, un bâtiment de magasins, construit en schiste, est venu compléter les aménagements du phare à la fin du 19ème siècle ; il a été récemment affecté au Conservatoire du littoral.
Pour desservir l’ensemble, un chemin carrossable projeté dès 1861 part de la calanque d’arrivée et conduit par le sud jusqu’à la plateforme du phare ; deux sentiers piétonniers avec escaliers en schiste s’en détachent pour constituer un accès plus direct à chacun des bâtiments. L’aménagement est certes modeste mais a façonné le paysage de l’îlot.

Le seul associé à la signature de Léonce Reynaud sur le littoral de la région Paca, le phare du Grand Rouveau y illustre un type peu représenté dont l’unique autre exemple est, dans une mise en œuvre plus modeste, le phare de la Gacholle aux Saintes-Maries-de-la-Mer (13). Dans un état de conservation moyen, il doit faire l’objet d’une campagne de réfection de ses couvertures (bâtiment et lanterne) dans le courant de l’année 2012 ; intérieurement la tour a été restaurée en 2005, mais les logements n’ont plus été entretenus depuis la suppression des gardiens en 1976.

Marie-Odile GIRAUD
Conservation régionale des monuments historiques, 2012


Lettre d'information des patrimoines - DRAC PACA - Numéro 11 / Mars 2019 -